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        Conférence du frère Philippe Jaillot o.p. le 19 mars 2014

Conférence du frère Philippe Jaillot o.p. le 19 mars 2014

VIVRE UN CAREME QUI PORTE DU FRUIT

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  • 24 mars 2014
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Comment vivre un « carême en paroisse » (en communion avec la communauté) qui porte du fruit pour la paroisse (le quartier) ? Un fruit de fraternité, une dynamique d’ouverture aux autres, un décloisonnement....


 Ouverture

Comment vivre un "carême en paroisse" ( en communion avec la communauté) qui porte du fruit pour la paroisse ( le quartier) ?
La réflexion qui suit s’attachera finalement plus à la question : « Pourquoi vivre un carême en paroisse… », pour essayer de repérer quelques fruits que nous pourrions aimer en attendre.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis,
qui vous ai établi afin que vous partiez, que vous portiez du fruit et que ce fruit demeure »
(Jn 15, 16)
A la fin du Carême, lors de l’heure sainte où nous nous tenons auprès du Seigneur en prière avant sa passion, nous entendons cette affirmation. Elle s’adresse aux disciples. Elle s’adresse à « nous » tous, qui avons voulu le suivre. Nous, qui voulons être une communauté. Et il semble que notre communauté, comme le dit le pape François, est fondamentalement une « Eglise en sortie ».
Moi qui « vous » ai choisi, dit Jésus. La déclaration est collective.
« Choisi » : ce n’est pas du hasard, ni des affaires de bons sentiments entre nous. C’est lui qui nous choisit et non pas nous qui nous cooptons les uns les autres.
« que vous partiez » et « portiez du fruit » : la fécondité est au-delà de nous-mêmes et surtout au-delà de nos replis.

Voici, en trois tableaux, quelques pistes de méditations pour un Carême qui nous fera porter ensemble et au-delà de nous-mêmes des fruits de vie.
1) Hérésie de la fraternité
2) Elargir l’espace de sa tente
3) Briser des cercles

Premier tableau : Hérésie de la fraternité

Le Carême n’est pas « mon Carême »

Le Carême est un temps de combat spirituel. Et le combat spirituel demande un engagement personnel. C’est un terrain où l’on éprouve l’épreuve de la solitude, comme Jésus au désert.
Mais, le carême n’en est pas moins une démarche de la communauté des croyants. Il ne peut se limiter à « mon carême ».
Je repense à une discussion que j’ai eue avec un ami libanais. Il fréquente ordinairement l’église paroissiale catholique de rite latin. Mais, au cours de notre échange, il me dit qu’il commencerait le Carême à l’église Notre Dame du Liban, à Paris. C’est une église où est célébré le rite maronite, qui est un rite catholique oriental spécifique aux Libanais. C’est une des deux fois dans l’année qu’il se rend dans cette paroisse qui le replonge dans ses racines libanaises, puisque le reste du temps, il fréquente et préfère fréquenter la paroisse latine de son quartier. L’entrée en Carême, dans le rite maronite, se fait deux jours avant nous. C’est un « lundi des Cendres » et non pas un « mercredi des Cendres ».
Je me suis mis à le provoquer un peu en lui disant que j’étais surpris de son choix : « comment se fait-il que tu délaisses ta paroisse habituelle pour répondre à un besoin plus identitaire au jour où commence le Carême ? » Je voulais lui expliquer que je comprenais bien son désir de commencer le temps de pénitence dans l’église qui rappelle ses racines, et d’ajouter deux jours à la pénitence du carême, mais que commencer le carême avec sa communauté chrétienne habituelle n’est pas neutre. Il s’est demandé alors si cela avait du sens de recevoir deux fois les Cendres, comme s’il commençait deux fois le Carême ? Il s’est demandé si c’était même possible ? Il percevait en tout cas qu’il était obligé de réfléchir à nouveau frais l’entrée en carême. Il était obligé de se poser la question : quelles solidarités me sont données à déployer ? En commençant le carême, je me privilégie moi-même ? Je ne cherche que moi-même ? Je cherche aussi des frères ? J’ai conscience que des frères me sont donnés ? Et qui sont-ils ?

Un temps qui fait des frères

Le Carême est à la fois un acte de combat solitaire, mais ce n’en est pas moins un engagement communautaire. C’est un temps qui fait des frères ! Ce n’est pas mon carême ! Tous, nous allons au désert avec le Christ ; tous, nous dépassons la tentation avec lui ; tous, nous nous laissons laver les pieds par lui, et tous nous entendons qu’il nous invite à poser cet acte les uns pour les autres, au-delà de notre milieu de prédilection ; tous nous voyons les épreuves et les péchés de nos frères et sœurs et les nôtres portés par le Christ sur la croix ; tous, nous sommes illuminés de la même lumière de la vie. Si nous avions l’impression que l’une de ces expériences se vit indépendamment des autres et hors des autres, alors n’est-ce pas que nous nous serions laissés entraîner dans une sorte d’hérésie de la fraternité ?
Une hérésie, selon Saint Irénée de Lyon, ce n’est pas simplement une erreur. Des erreurs, nous en disons tous, des approximations de la foi. Une hérésie, c’est lorsqu’un individu ou un groupe s’appuie sur une tradition qui est spécifique à son groupe, une tradition secrète ou parallèle. La tradition C’est ce qui a été transmis : appuyé sur l’Ecriture Sainte, transmis par les apôtres, reçu dans l’Eglise. Ainsi se comprend le « chemin » de vérité de la foi. Si à un moment j’ouvre un chemin de traverse, je casse la transmission. Je considère que la quête de la vérité a besoin d’un apport extérieur pour aboutir. Alors que la recherche de la vérité se fait sur un chemin partagé avec d’autres et se vit dans la confrontation à ces autres, que je n’ai pas choisis, mais avec qui Dieu me met en communauté, dans l’Eglise.

C’est en ce sens-là que je provoque la réflexion en disant que nous pouvons tomber dans une hérésie de la fraternité. Nous prenons un chemin parallèle, individualiste, arrangeant, cloisonnant. Nous le faisons avec les meilleures intentions du monde, en général : avoir un bon Carême tout seul, mais fondé sur des arguments qui ne rendent pas compte de l’universalité du salut offert par Dieu en Jésus Christ.

Où nous est-il arrivé de trouver Dieu présent ?

Tous, nous voulons découvrir Dieu. A moins d’être un monstre d’autosuffisance, à moins d’être outrageusement présomptueux, nous savons que découvrir Dieu est l’élan de toute notre vie. Comme toute rencontre, jour après jour, l’autre se révèle à nous de façon renouvelée. Au mot « autre », mettez un A majuscule, l’Autre, est c’est bien la même chose. C’est ce que nous vivons comme notre cheminement dans le mystère de Dieu : nous avançons dans la foi et nous nous réjouissons car nous le connaissons plus qu’hier et bien moins que demain.
Or il est un lieu où cette rencontre de Dieu est fondatrice, selon Jésus lui-même. Dans les sacrements, la rencontre de Dieu est essentielle : il vient à nous Lui-même dans telle et telle matière accompagnée de paroles, qui le rendent présents à nous. La rencontre ici est essentielle, mais elle est fondatrice en un autre lieu, si je puis le dire ainsi : le frère.
« Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir… affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, etc. ? » (Mt 25). Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir ?
« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ce qui apparaît, c’est que ce n’est pas seulement auprès des plus petits, des plus insignifiants, des plus opprimés que l’on trouve le Christ, le Fils de Dieu. C’est en l’opprimé, dans les plus petits et les plus insignifiants.
Ce n’est pas auprès des plus petits et des plus lointains de notre petite existence et de nos préoccupations que l’on trouve le Tout-Puissant, le Dieu libérateur. C’est en eux. En ceux qui vivent d’autres réalités et portent d’autre besoins. C’est en ces plus petits frères du Seigneur qu’il est. Pas seulement auprès d’eux.
La communauté fraternelle est ainsi. Elle n’est pas un choix. Elle ne relève pas de l’amitié. Elle est donnée comme telle. Nous pouvons compartimenter nos solidarités, mais alors nous nous privons de découvrir un peu plus de ce Dieu qui nous fait être ce que nous sommes.
Nous parlons d’Eglise universelle. Aujourd’hui, le rapport à la paroisse, surtout dans les grandes villes, a changé. Chaque Eglise locale (le diocèse), et chaque Eglise particulière (la paroisse), sont des portions de l’Eglise universelle. Or, quand nous choisissons notre lieu, notre petite communauté un peu plus ciblée, c’est l’Eglise universelle que nous risquons de ne pas rencontrer. Nous amputons une partie de cette Eglise. Fidèles des communautés religieuses s’appuyant sur une même spiritualité, communautés d’âge, communautés culturelles, communauté d’intérêts professionnels, etc., nous risquons d’amputer l’universalité de l’Eglise. Nous risquons de mettre beaucoup plus de temps à connaître la vraie image de Dieu : celui qui se donne à reconnaître dans le frère en sa grande diversité.

J’ai revu mon ami libanais, au milieu d’un groupe, il y a quelques jours. Avec un petit air entendu, il m’a glissé à l’oreille : « j’ai reçu les cendres deux fois, cette année ».

Deuxième tableau : élargir l’espace de sa tente

Partir de la liturgie pour comprendre le mouvement de nos solidarités

Vous êtes entrés dans le carême. La liturgie a sans doute été une porte d’entrée déterminante, car elle nous façonne. Tout notre être. Elle façonne nos corps et notre esprit. Elle muscle le centre de notre décision. Elle nous tend vers ce qui compte pour nous, elle nous fait découvrir et redécouvrir et nous rappelle sans cesse ce qui compte pour nous, sauf si nous nous détournons du rendez-vous avec celui vers qui nus nous tournons. « Mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant » dit le psaume (Ps 83). Elle façonne notre corps, à chacun, mais la liturgie entraine le corps que forment nos corps rassemblés en Jésus Christ. C’est le corps ecclésial, qui se tourne vers Dieu. C’est le corps ecclésial qui tient à lui. La liturgie ne sera pas ma consommation de fortifiants spirituels, mais « ma joie » qui devient « notre joie » ; « mon Jésus » qui est plus que tout « notre Sauveur » ; « mon voisin de chaise » qui m’est révélé comme « mon frère en Christ ». A nous tous, la liturgie vient dire : « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur » (Is 62, 6) .
Nous sommes ce corps d’individualités, fatigué et tiraillé, qui découvre qu’il a la même mémoire et qu’il reçoit le même héritage : « 27 vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. 28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. 29 Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse. » (Ga 3, 27-29). Nous sommes ce corps d’individualités qui apprend à supporter ou qui se réjouit, c’est selon, d’être une communauté, un peuple universel. Nous sommes ce corps qui vit fondamentalement de la même culture. Saint Ignace d’Antioche, s’adressant à l’une de ses communautés, les Philadelphiens, les exhortait à l’unité, à la concorde. Il les appelait à éviter tout ce qui les séparent et les déchirent. Tout ce qui entraîne la méfiance et la querelle. Il note que certains veulent se référer à leur propre expérience, leurs propre histoire, leur propre culture. Ceux-là disent ainsi : « Si je ne le trouve pas dans les archives, je ne le crois pas dans l’Évangile. ». Et lui de leur répondre : « Pour moi, mes archives, c’est Jésus-Christ ; mes archives inviolables, c’est sa croix, et sa mort, et sa résurrection et la foi qui vient de lui » .

Un jour, à Jérusalem, je suis allé avec un ami dans un café en face du couvent Saint Etienne. Nous entrons. Il y avait un groupe de jeunes palestiniens, très nombreux, parlant fort. Je ne passais pas inaperçu, en habit dominicain. J’allais m’asseoir quand un de ce groupe me fait signe de venir et me dit qu’ils parlent de choses qui concernent les chrétiens, si je voulais m’associer.
Je m’assois avec eux. En fait, tous étaient musulmans, sauf un chrétien, copte orthodoxe. Ils parlaient de la capacité que nous pouvions avoir à aimer nos ennemis, comme le dit l’Evangile. N’est-on pas digne d’être chrétien, se demandait le jeune copte, si l’on n’est pas capable d’aimer ses ennemis ? Vaste question, surtout dans les quartiers est de Jérusalem. Or, il finit par me demander : « Est-ce que vous êtes d’abord français ou d’abord chrétien ? » Soufflé par la question, je finis par lui répondre : « Je suis d’abord chrétien ». Lui fut ennuyé, mais poursuivit en disant qu’il est d’abord Palestinien, ensuite chrétien.
« Mes archives, c’est le Christ », dit Saint Ignace d’Antioche. Ma culture, pourrait dire Saint Paul, c’est « être un en Jésus Christ », ni homme, ni femme, ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre…
Je disais donc que la liturgie est ce qui détermine notre entrée dans le carême. Ne me faites pas dire que la liturgie c’est le tout du carême. Elle façonne en chacun ce corps spirituel qui se tourne vers Dieu et elle nous façonne ensemble comme corps ecclésial qui se reçoit de Dieu.

Les prières de Carême qui nous entraînent au-delà de nous-même

Pendant le Carême, faites l’exercice de regarder pour chaque dimanche les oraisons d’ouverture, ce qu’on appelle l’oraison de collecte, au début de la messe, car elle rassemble et unit la prière et les intentions de tous. Regardez d’abord au mercredi des Cendres : il est question du combat spirituel. Celui-ci est certes un acte personnel, mais la liturgie nous le fait assumer ensemble car elle est à la première personne du pluriel : « notre entrainement au combat spirituel ». Regardez ensuite les autres dimanches :
-  Progresser, nous ouvrir à la lumière…
-  Ecouter ta parole ; y trouver les vivres dont notre foi a besoin…
-  Patiemment relève-nous…
-  Augmente la foi du peuple chrétien ; qu’il se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales…
-  Imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde…
-  Que nous portions en lui (le Christ) des fruits qui te rendent gloire…

Dans ces oraisons, j’ai voulu m’appliquer à chercher la dynamique de notre carême.
Progresser, ouvrir, écouter, trouver, se relever, laisser augmenter en nous, se hâter, imiter par amour pour le monde, porter des fruits…

Le combat spirituel du mercredi des cendres est la reconnaissance de l’adversité, la souffrance, les situations délicates et même douloureuses de chacun et de tous.
Nous partons de là. Nous allons chercher les « non » de nos existences et de l’expérience du corps entier de ce peuple de Dieu, pour faire le passage aux « oui » de la résurrection.
Nous allons repérer ce qui en nous est « disgrâce » pour accepter que la grâce vienne illuminer les obscurités.
Ce qui en nous est refus et adversité va progresser, s’ouvrir à autre chose, se relever à la vie, etc. jusqu’à porter du fruit.
Le mouvement est à l’augmentation, l’élargissement, le déploiement.

Elargir, un maître mot pour le Carême et toute la vie chrétienne

Au livre d’Isaïe, vous avez cet émouvant quatrième chant du serviteur souffrant (Is 52, 13 – 53, 12). Dieu dialogue avec la communauté des élites de son peuple. Ceux-ci sont dans la noble incompréhension et dans l’admiration lorsqu’ils se rendent compte qu’il est un serviteur de Dieu qui leur permet à tous de retrouver la dignité, le salut, et de sortir de la souffrance. Ce serviteur qui n’avait plus aucune apparence, qui été bafoué, maltraité ; frappé pour le crime de tout le peuple, pour les fautes des autres, de ceux qui sont sidérés dans l’admiration. Au prix de son abaissement et de sa douleur, tous seront relevés. Et c’est ainsi que les rois restent bouche close !
Juste après ce chant vertigineux qui rend compte d’un acte admirable mais d’une grande gravité, l’heure est à retrouver la joie. Le temps est venu de sortir des épreuves passées. Le prophète Isaïe poursuit en faisant entendre la prise de parole du Seigneur : « Crie de joie, stérile, toi qui n’as pas enfanté ; pousse des cris de joie, toi qui n’a pas mis au monde ! » (Is 54, 1-10).
Dieu parle à un peuple qui n’a pas porté de fruit. La souffrance n’est pas le dernier mot. Le châtiment de Dieu n’est pas non plus la seule réponse à un peuple qui s’est fait illusion, qui n’a pas compris son Dieu, qui s’est détourné, s’est replié sur ses préoccupations. La femme stérile aura des enfants, dit Isaïe, et celle qui est délaissée, celle qui aura été répudiée sera rappelée par Dieu. La grâce est plus forte que le discrédit et l’oubli.
Au nom de cette fécondité qui peut revenir, le Seigneur dit à son peuple : « Elargis l’espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t’abritent (…) ta semence va repeupler les villes abandonnées » (Is 54, 2..3)

Elargir est un mot qui commence dans la Parole de Dieu. Un mot qui remplit nos oreilles. Un mot qui gagne nos bras et nos pieds, un mot qui appelle notre mobilisation.
La fécondité vient des Dieu. La mise au monde, c’est Dieu qui la fait.
Il accomplit la mise au monde des hébreux en un peuple libéré, délivré. Mais accepter cette libération a été de haute lutte. Moïse s’est inquiété. Le peuple a résisté, car il préférait en rester à son esclavage qu’il connaissait plutôt qu’à un après trop inconnu.
Il y a une expression en anglais qui dit : « better the devil you know » . Il vaut mieux le mal qu’on connaît que celui qu’on ne connaît pas.
Mais le peuple a été mis au monde, finalement, par la patience et la puissance de Dieu, mais aussi par la docilité et la mobilisation de Moïse. A la fois sa capacité à lâcher prise et à vouloir ce que Dieu voulait. Le peuple a été mis au monde : c’est l’image même de la mer Rouge qui ouvre un chemin pour que le peuple sorte de ce lieu où il était enfermé pour arriver sur la terre promise, cette terre de liberté où tout, néanmoins, reste à faire pour vivre en hommes et femmes libres, sans peur et sans replis.
La mer qui s’ouvre, laissant passer le peuple uni, puis se referme, c’est un enfantement. Une mise au monde.

Reconnaître que notre fécondité n’est pas à la hauteur de ce que Dieu nous donne d’être, désirer répondre à ce qui fait la pleine force du chrétien, prendre des risques, oser des choix, croire que par sa grâce Dieu peut nous faire donner fruit, décider de se laisser faire par ce Dieu qui rend la vie victorieuse en nous : n’est-ce pas le processus par lequel nous élargissons l’espace de notre tente ? C’est cela, élargir.

Déployer les cordages, disait Isaïe : permettre non pas que d’autres viennent sous notre tente, mais bien voir que la tente se déploiera sur d’autres. Accueillir et se laisser accueillir. Ouvrir pour sortir autant que pour laisser entrer. Nous ne sommes ni le modèle ni le centre ni le gabarit du chrétien. Le Christ l’est. Notre Dieu, c’est lui qui nous montre notre humanité sauvée. Lui qui était de conditions divine, mais qui n’a pas retenu jalousement à lui ce rang qui l’égalait à Dieu. Il s’est anéanti prenant la condition humaine… (Ph 2, 6 ss). Dieu a élargi l’espace de sa divinité à notre humanité.
Elargir, c’est plus qu’accueillir. C’est se laisser accueillir dans ces plus petits et ces plus étranges à nous même que sont les frères du Seigneur.
Ce n’est pas le lieu qui fait Dieu, c’est Dieu qui fait le lieu.

Le pape François, lorsqu’il dit que l’Eglise ne peut fonctionner que comme une Eglise en sortie nous rappelle qu’elle est ce qu’elle est, parce qu’elle « élargit » : elle se souvient que le Christ se trouve ici, et se trouve là, et se trouve là-bas aussi. Elle se souvient que Christ nous attend ici, et nous attend là, et nous attend là-bas aussi.

Troisième tableau : casser des cercles

Pour élargir, il faut casser des cercles. Pour aller voir plus loin, il faut ouvrir des brèches.
Le cercle, c’est une forme ronde. Parfaite. Elle dessine une limite autour d’un centre.
Cette forme est associée à Dieu lui-même. Le carré est associé à l’humanité, la terre. Que se passe-t-il dans les angles ? Ces espaces obscurs, qui nous obligent à nous éloigner un peu plus du centre et de la certitude qui nous rassurait ?
Le cercle, dans nos structures humaines, rassemble des gens qui se retrouvent au nom de leur ressemblance. Ils sont dans la conformité à un critère : le cercle des nageurs, par exemple, ou des philatélistes.

Casser des cercles et les certitudes qui vont avec, la « bien-pensance » qui les fait être, l’hyper-prudence qui leur permet de se constituer, l’Evangile le fait à maintes reprises.

Casser le cercle de ceux qui sont spirituellement « parvenus » !

En Marc 10, 13-16 : il est question des enfants et le Royaume de Dieu. Les disciples écartent les enfants qui veulent s’approcher de Jésus. Ils les écartent : les enfants ne peuvent pas entrer dans le cercle qui s’est formé autour de Jésus. Il y a des gardes : les disciples. Ils font le tri et tracent des cercles autour de Jésus. Ils créent des hiérarchies entre les différentes couches de l’humanité et Dieu lui-même.
Les disciples peuvent penser, au mieux, que certains ne sont pas prêts à venir vers Jésus. Ils peuvent penser que d’autres sont hors cadre : par exemple lorsque Jésus dit à propos d’un homme que les disciples veulent empêcher de faire des miracles au nom de Jésus : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Jésus va dire qu’il s’agit d’accueillir le Royaume comme un enfant. Le grec permet deux interprétations. Mais en français, il y a un choix à faire, et celui que nous voyons le plus c’est : accueillir le Royaume comme un enfant accueille (ce que l’on nomme l’esprit d’enfance).
Mais cela peut être aussi accueillir comme un enfant accueille : l’idée, pour nous, est d’accepter que tout est en croissance (et d’ailleurs, les images du Royaume vont dans ce sens).

Je repère combien il est difficile pour des jeunes catholiques de se sentir arriver dans leur « en faisant la pagaille ». Le pape le leur a demandé, à Rio, de faire la pagaille. Il leur a demandé de bousculé leurs paroisses, leurs évêques et leurs prêtres. C’est aussi tous les acteurs de la pastorale. Il leur a demandé à plusieurs reprises d’aller à contre-courant : contre courant des idées du monde lorsqu’elles sont mortifères, mais aussi contre-courant de tout ce qui nous installe, car apparemment, si le pape François parle volontiers d’aller à contre-courant, il ne se positionne pas dans une contre-culture catholique qui dessinerait un cercle au-delà duquel le Christ aurait du mal à grandir dans le cœur de ceux qui sont loin ou en quête confuse ou rebelle.

Casser le cercle des « privilégiés », ceux qui ont la « préséance ».

En Luc 12, 35-48 : Jésus disait une parabole pour inviter à attendre le maître. « Heureux les invités que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ». Or ce qui m’a surpris à ce moment-là, c’est la réaction de Pierre. Il se fait le porte-parole du groupe des apôtres et répond :
« Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? »
Vous êtes-vous déjà demandé quelle est sa préoccupation ?
Il semble presque se demander s’il fait partie des privilégiés à qui Jésus s’adresse ; privilégiés qui doivent attendre leur maître, et que leur maître favorisera en étant attentif à eux…
C’est comme s’il disait : est-ce que c’est pour nous seuls, que tu dis cela ? Est-ce que nous sommes importants au point que nous avons le privilège d’avoir ces recommandations de ta part et ces relations avec toi ?
J’ai l’impression d’entendre ce raisonnement : Est-ce que nous sommes importants, ou est-ce que tout le monde est concerné par ce que tu dis ? Jésus parle d’un maître à attendre, et les disciples, par la question de Pierre, semblent se demander si cela signifie qu’ils sont, eux, des gens importants.
Ils semblent avoir besoin d’une reconnaissance, mais une reconnaissance qui fait des différences, des distinctions. Une importance qui pense en termes de privilège, alors que Jésus a parlé de service à accomplir.
C’est leur propre reconnaissance qui les préoccupe, alors que Jésus les invite à porter leur attention sur celui qui doit venir, ce maître qui viendra trouver ses serviteurs. Et les serviteurs ne se trouveront pas, au bout du compte, dans le seul cercle qu’ils dessinent.
Ils se demandent s’ils sont des gens importants, alors que Jésus les invite à reconnaître quelqu’un d’autre comme important !
Préoccupés par les honneurs, par les marques de confiance : c’est un cercle sournois. S’assurer que l’on est de ceux qui ont une place privilégiée auprès de telle personne reconnue par tous… Faire partie des proches du directeur de ceci… Être un collaborateur du président de cela… Être dans l’équipe qui aide le curé…
Ce sont des services, des dévouements qui nous honorent, et peut-être trop, si l’on n’y prend pas garde. Car parfois, nous risquons que notre intention de rendre service, au départ, devienne une occasion de nous enorgueillir ou un chemin vers le goût du pouvoir.
C’est une pente bien naturelle mais l’Évangile, bien simplement, nous porte à garder la tête froide.
C’est un cercle qui peut nous enfermer, chacun sur lui-même, ou par petits groupes qui permettent de se garder sa place au chaud, mutuellement.

Casser le cercle de ceux qui ont « l’ancienneté », la précédence

En Mt 20, 1-16 : La parabole des ouvriers de la onzième heure nous bouscule toujours. Elle choque notre vision de la justice. Mais ce qu’elle veut atteindre me semble bien ailleurs.

Il n’y a qu’à regarder une phrase, à la fin du récit pour être assez mis en alerte. Le maître dit à son intendant : « distribue le salaire en commençant par les derniers pour finir par les premiers ». Il y a manifestement un protocole bien prémédité. Et l’on en déduit qu’il y a une pédagogie qui s’exprime ici : les premiers arrivés à la vigne doivent voir ce qui va se passer ici, ce que le maître va faire pour distribuer à chacun son salaire.
Les premiers, le maître avait passé un contrat clair avec eux. Il sont convenus d’un denier pour leur travail.
En revanche, pour le deuxième groupe, et les deux suivants, il n’y a pas de contrat. Seule parole : « Allez, vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste ». Pas de contrat, ce qui suppose un élan de confiance de leur part.
Vers cinq heures, encore moins de mots : « Allez, vous aussi, à ma vigne ». C’est expéditif… et la réponse des ouvriers de la onzième heure est pleine de confiance, c’est le moins qu’on puisse dire.
A mon sens, les premiers, hommes de contrat, ce sont ceux qui ont frayé avec le maître. Ceux avec qui il y a échange de paroles, au début et encore à la fin. Je dirais volontiers que ce sont les fidèles par conviction. Comme s’ils figuraient pour nous les amis de toujours. Ceux avec qui il y a eu connivence. Ceux qui restent quand les autres sont partis. Mais nos amis de toujours, tôt ou tard, risquent bien de passer par la crise : crise du jaloux, ou du laissé pour compte.
Les autres, ouvriers des heures suivantes, ce sont les rencontres d’un moment. Coup de foudre, dont on ignore la suite. Mais ce qui est pris est pris. Le maître ne laissera passer aucune occasion de rencontre. Il désirera toute occasion, aussi petite soit-elle et à quelque moment que ce soit.
Là où les premiers ouvriers et nous-mêmes crierions à l’injustice, le maître, lui, au contraire, veut réparer une injustice. Car ces hommes étaient sans travail… ce qui me semble figurer une forme d’exclusion de quelque chose d’important à la vie. Ils étaient sans travail, dans l’attente d’être appelés. « Personne ne nous a engagés », disent les derniers. Et le maître répare cette injustice en les engageant.
Or, au terme de l’affaire, salaire égal pour tous.
Et les premiers, au titre de leur complicité avec lui, devraient pouvoir assumer que le maître s’engage de la même façon et d’un même cœur pour des situations si différentes.

Dans l’amitié, dans le compagnonnage, dans la relation à Dieu, il n’y a pas de droits acquis. C’est dans la conscience de cela que nous nous libérons de nous-même, pour nous ouvrir à la vraie finalité qui est hors de nous : le salut est le même pour tous ceux qui accueillerons la grâce de Dieu. Et le salut ne se divise pas : le même pour tous. La vie éternelle ne se divise pas. Un denier qui ne se divise pas. Là, en partage avec d’autres et chacun selon son chemin, il y a la joie et la grâce d’avoir rencontré l’ami, ou d’avoir rencontré Dieu.

Illustration concrète qui vaut ce qu’elle vaut : dans le centre de conférences dont je m’occupe, au couvent, il y a des collaborateurs bénévoles très engagés. Récemment, l’un ou l’autre, parmi ceux de la première heure de cette association, a dit ne pas comprendre ni se retrouver dans l’image que donne le livret programme, notre vitrine. Mais peu importe, ai-je fait comprendre. Car ceux qui connaissent déjà, connaissent et continueront de venir quelle que soit l’image d’un programme. En effet, les vrais fidèles resteront, même frustrés d’une image ! Ceux qui me préoccupent plus, et préoccupation que j’entends partager avec les collaborateurs de la première heure, ce sont les autres. Ceux qui ne viennent pas encore.
Certes, laissant l’impression que les fidèles de la première heure sont mis de côté, tout aura été déployé pour ceux qu’on ne connaissait pas, qui ne viendront qu’une fois, peut-être deux, mais qui sait si demain, ils n’entreront pas dans la fidélité, eux aussi !

Fidèles des églises et de l’Église, forts des engagements de la première heure, assumerons-nous que d’immenses efforts soient tournés vers ceux qui ne feront qu’une rencontre au passage, le temps des JMJ par exemple, le temps d’une rencontre paroissiale ? Et irons-nous les trouver, quelle que soit l’heure ?

Il y a là, je crois, l’expression du témoignage de disciple qui est requis de nous dans cette parabole. Un défi apostolique à relever en connivence avec le maître. Le cercle des droits acquis, le cercle de ceux qui partagent la même histoire : il est aussi à briser.
Si nous sommes de ceux que le maître paie en dernier, et avec le même salaire que les autres venus bien après nous, réjouissons-nous, car c’est comme le clin d’œil complice de l’ami. C’est comme une incompréhensible bonne nouvelle à faire connaître, il nous dit qu’il est bon. Il nous dit de rencontrer, nous aussi, et d’annoncer la nouvelle : il se préoccupe de tous.
Le maître nous dit qu’il nous aime tout autant qu’il les aime.
Le maître nous dit qu’il les aime tout autant qu’il nous aime.

Voilà quelques cercles que l’Evangile semble nous pousser à casser.

Conclusion : quels fruits ?

J’ai à l’esprit des fruits à espérer pour notre Eglise, cette Eglise que nous sommes…
Il y a un immense besoin de faire des ponts au sein de notre Eglise et de notre humanité.

D’abord, nous espérons profondément une chose, c’est qu’advienne la mondialisation.

Mais la mondialisation réussie ! Car il ne faut pas oublier que « catholicité » signifie « mondialisation ». Catholique, ce n’est pas d’abord ni simplement les chrétiens qui s’en remettent à l’évêque de Rome pour qu’il les fasse avancer dans l’unité et les affermisse dans la foi chrétienne. Catholique signifie d’abord « universel ».
« Allez par le monde entier », dit le Christ Jésus après sa résurrection. « Faites monde », pourrait-on dire.
Mais il y a eu un premier essai de faire monde. Au livre de la Genèse, les hommes ont voulu se faire un nom, unique, et un point de ralliement uniformisant : la tour de Babel. Ils gommaient la vérité de leur être multiple et créaient de l’uniformité plutôt que de l’unité.
A la Pentecôte, c’et le vent de la résurrection qui souffle : le monde sauvé qui advient : l’humanité mondialisée. Il y a diversité de langues de peuples, de cultures. Mais tous se retrouvent dans la compréhension mutuelle, au-delà des différences, et dans leur grande diversité.
C’est la mondialisation réussie.

La grâce de lutter contre la discontinuité des générations.

Les plus anciens ne comprennent pas les plus jeunes. Ceux-ci semblent loin des préoccupations de leurs aînés. Et loin aussi des méthodes de leurs aînés. Ils sentent tant de pesanteur dans notre Eglise et ses institutions. Ils veulent aller dans le monde, pour un certain nombre d’entre eux, et dire leur foi au Christ, malgré leurs appréhensions : ils veulent y aller avec audace, car ils veulent rencontrer ce monde qui se tient souvent loin du Christ. Au moins en apparence.
Lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, à Rio, le pape François leur a dit : « mettez la pagaille ! » ou « faites du bruit… ». Cela va conduire les uns et les autres à bouger, si nous l’osons tous, et les jeunes avec leur manière de bouger, et les anciens avec leur capacité à se laisser déplacer intérieurement.
Les plus anciens seront-ils capables d’aller loin, peut-être très loin dans la compréhension des plus jeunes, pour faire corps avec eux et que les uns et les autres cheminent ensemble ? Les plus jeunes seront-ils capables de prendre ce chemin de la vie de foi avec les plus anciens, en évitant de rester entre eux, et d’entendre ainsi l’expérience de leurs aînés ? Les uns et les autres sauront-ils se laisser déplacer ? C’est la mission de l’Eglise qui dépend de ces mouvements en son sein et au cœur de ses fidèles.

Le besoin de ne pas camoufler la souffrance

Nous pouvons avoir peur de voir la souffrance des autres.
Nous ne savons pas quoi faire. Nous nous sentons trop fragiles. Nous avons assez de difficultés nous-mêmes.
Mais en fait, nous avons tout aussi peur de montrer notre souffrance. D’oser la dire, pour briser des lois de silence (un fameux cercle d’enfermement).
Nous avons peur de trop d’émotion.
Nous avons peur de montrer nos fragilités. Ne rien laisser paraître. Ne pas prendre le risque d’avoir besoin des autres et d’en appeler à leur miséricorde.
Peut-être même s’agit-il de ne pas trop regarder la souffrance des autres pour ne pas risquer d’attirer l’attention sur notre propre souffrance et notre propre vulnérabilité.
Mais si nous ne couvrons la blessure qui nous déchire d’un pansement trop pesant, comment Dieu lui-même entrera-t-il ? Comment viendra-t-il nous guérir ? Comment passera-t-il par nos frères et sœurs pour approcher de ce qui est blessé en nous ?
En mars 2014, le pape François disait aux prêtres de son diocèse de Rome qu’il avait des questions à leur poser, questions qu’il ne manquait pas de se poser à lui-même :
« Est-ce que tu pleures ? Est-ce que tu pleures pour ton peuple ? (…) Est-ce que tu luttes avec le Seigneur pour ton peuple ? »
Est-ce que nous luttons pour le peuple de Dieu ? Est-ce que nous laissons nos frères et sœurs se battre pour nous, nous réconforter ?
Les forteresses et les carapaces demandent à être brisées. Les tombeaux que nous fermons sur nous-mêmes demandent à être ouverts. C’est aussi un fruit que nous pouvons espérer du Carême : ne plus être des tombeaux fermés sur leurs propres réflexes mortifères.

La rencontre des plus pauvres

Nous pouvons évaluer si nous nous trouvons parmi les plus pauvres, ou au contraire, parmi les couches de population assez bien pourvues.
Lorsque nous avons quelques moyens, nous pouvons estimer si nous avons une tendance généreuse ou pas. Nous pouvons constater que nous savons donner, partager, accompagner. Peut-être assister, ce qui demande à être interrogé, peut-être.

Mais au-delà de l’aide matérielle que nous avons les moyens de donner et que nous offrons effectivement, la rencontre des autres, et des plus démunis en particulier, suppose aussi d’être prêt à offrir ce que nous considérons certainement comme un trésor : la foi. Partager le témoignage de foi avec les plus pauvres. Recevoir leur témoignage et offrir le nôtre. Dire la foi !
Le pape François, dans l’exhortation apostolique « Evangelii Gaudium », s’exprime ainsi à ce sujet :
« Etant donné que cette Exhortation s’adresse aux membres de l’Eglise catholique, je veux dire avec douleur que la pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle. L’immense majorité des pauvres a une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas négliger de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi » (EG n° 200).

Faire des ponts

Cette méditation pour comprendre pourquoi vivre un carême en paroisse, au sein de notre Eglise, communauté des chrétiens, me conduit aussi à exprimer un fruit qui me semble nécessaire : découvrir l’importance et l’art de faire des ponts.

Des ponts au sein d’une Eglise qui fonctionne encore beaucoup en chapelle, les unes et les autres se regardant en coin, parfois ne s’estimant guère, quand elles ne se tiennent pas en mépris mutuel ou en conflit. Faire des ponts entre les sensibilités différentes dans notre Eglise, les expressions diverses de la foi. Faire des ponts qui donnent la possibilité de rencontres mutuelles.
Faire des ponts qui permettent le respect et l’enrichissement mutuels.
Sans cela, le témoignage de notre Eglise et des chrétiens que nous sommes est le plus souvent réduit à néant.

Ces ponts pourront alors s’étendre aux autres confessions et religions, aux autres cultures également. Ainsi, le dialogue devient possible. Le débat.

En résumé

Pour résumer en une phrase les fruits dont nous avons besoin : nous avons des réflexes de chrétiens isolés, de gens repliés sur nos propres fonctionnements, nos cultures et nos solidarités parfois identitaires. Nous partons d’un « moi » parfois bien encombrant et enfermant.

Il nous faut apprendre à créer un « nous ».
Ce sera peut-être une grâce du Carême 2014.

1 réaction


1er avril 2014 14:34, par Anne-France Radot

Magnifique ! Merci d’avoir publié le texte de cette conférence de carême et d’avoir ainsi élargi le cercle des destinataires...
Une ancienne paroissienne expatriée à Stockholm, en union de coeur avec vous tous,
Anne-France Radot

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